Patrick Jouault - Parcours

Né en 1973

Vit et travaille à AZE (53200)

Cursus : Ecole Nationale des Beaux-Arts de rennes (Diplôme Nationale Supérieur d’Expression Plastique)

 

"Il n’y a plus de raison de faire, de fabriquer parce que les moyens de production font plus rapidement, parce que la technique est devenue trop complexe. Si vous faites quand même, ce que vous aurez fabriqué sera en réalité de l’expression.

Faire est un pouvoir, c’est manipuler des choses pour en dégager un quelque chose, une idée, un truc qui s’apparente à une pensée et qui est, en fin de compte, la construction d’une vision, d’une manière de voir. C’est la confrontation et la stimulation, la participation à l’élaboration de l’environnement, sa transformation. Il est souvent associé au productif, en bas de l’échelle sociale, et ne pas faire, à l’inverse, serait une des plus hautes expressions, celle du détachement du monde matériel.

Faire appartient en réalité au monde du désir, de l’envie, de la construction d’un monde idéalisé.

Certains ont rêvé durant la modernité qu’ils s’appropriaient leurs moyens de production, et devenaient ainsi propriétaires de leur force, leurs gestes, mettant ainsi en route un formidable moteur capable de pousser, réinventer et transformer la société. L’informatique, la robotisation, la dissipation des classes ouvrières, l’individualisme ou la consommation ont bien vite gommé les utopies passées.

Dans nos environnements prêts à porter, devenus tous utilisateurs plutôt que producteurs, faire devient alors un acte singulier qui prend valeur d’expression.

Moi, je le vois non seulement comme un positionnement « politique », une expression sensible mais aussi comme la résultante de cette volonté d’expression devenue LA possibilité de participation au monde.

 Je mène alors, tel un activiste, un militant, avec tous les moyens que je puisse fabriquer, un travail de valorisation, de sacralisation ou de diabolisation de l’acte de faire. Certains y verront de la satire ou de l’utopie. Faire, devenu expression, prolonge la portée des actes, élargit la palette des outils jusqu’au dérisoire qui en est sans doute parmi les plus puissants.

 Pour Arts et Chapelle, j’ai cherché à redonner un « chœur » à cette chapelle qui au fil du temps a perdu sa fonction.  J’ai fabriqué une machine qui balaie la chapelle de lumières qui tournent tel un phare. Ces lumières projettent sur les murs l’environnement qui entourait la machine lors de sa conception, c’est-à-dire l’atelier ; une allégorie à la création."

 

Patrick Jouault - Présentation de l'oeuvre réalisée pour la Chapelle Saint Léonard à Durtal

" La chapelle St Léonard a perdu sa fonction première, ainsi que ses caractéristiques identitaires jusqu’à ce que des travaux de réhabilitation lui restituent certains attributs (porte romane, vitraux). Je me suis appuyé sur cette perte d’identité.

J’ai installé une machine qui irradie la chapelle de lignes de lumières qui tournent tels les faisceaux d’un phare ou le balai d’un écran radar qui sans cesse gravite dans l’espace.

Bien que son aspect métallique et bricolé soit dissonant par rapport à la chapelle, elle l’épouse en réalité complètement. La forme qui semble sortie d’un arsenal industriel dessine une croix de Malte dont les proportions découlent  directement des dimensions de la chapelle de façon à ce que la lumière projetée arrive parfaitement en pied de mur et sur toute sa hauteur.

Lors de la fabrication, j’ai disposé un appareil photo à l’intérieur de la machine et pris 4 clichés correspondant aux 4 vues possibles depuis  chaque ouverture.  J’ai traduits ces images d’atelier en bandes puis en lames, rognées une à une pour reproduire l’image. J’ai barré ainsi au regard  l’intérieur de la machine et figé ce moment de fabrication qui cherche à se projeter.

Cette lumière qui tourne évoque une ronde cultuelle, une prière, et  invite le spectateur à y pénétrer. La machine devient le chœur de cette chapelle mais nous lui restons extérieurs, ne pouvant en percevoir le centre. Le regard est arrêté par ces lames de bois qui, tel un brise-vue, bloquent notre vision. Même sur les murs les lumières projetées nous laissent étrangers à une scène dont nous ne percevons que les raies lumineuses filtrant au travers d’un store mais dont nous sommes pourtant aussi  fugitivement les figurants."

Patrick Jouault

 

Patrick Jouault - Présentation de l'oeuvre par Art et Chapelles le jour de l'inauguration

"Vous l’avez compris, cette chapelle est un édifice très particulier qui au premier regard à l’extérieur comme à l’intérieur a perdu les caractéristiques d’un édifice religieux. En regardant mieux on voit bien sûr la croix sur la porte d’entrée et, à l’intérieur, on devine sans pouvoir vraiment les identifier d’anciennes fresques et on remarque des vitraux très simples et très justes que l’actuel propriétaire a fait réaliser dans cet espace un peu sombre.

En bordure de la rivière, nous sommes dans un ancien quartier d’artisans et en cherchant un artiste qui soit capable de révéler cet espace, j’ai assez vite pensé à Patrick Jouault.

Patrick Jouault construit de façon très artisanale des drôles de machines de fer et de bois qui de façon réelle ou virtuelle produisent une œuvre d’art.

Plus qu’aucune des œuvres de notre circuit son installation interroge sur ce qu’est la création artistique. L’œuvre que vous allez découvrir  est à la fois constituée d’une machinerie, des images qu’elle produit, de la fresque révélée par cet éclairage insolite, et des spectateurs qui entrent involontairement dans cette lumière. L’espace de la chapelle et l’installation sont indissociables et se révèlent mutuellement au regard un peu hypnotisé du visiteur."

Marion Julien

Chapelle Saint- Léonard
DURTAL

Durtal est née  sur un promontoire à la fois au confluent du Loir et du ruisseau d’Argance et à la croisée  des routes de Sablé, d'Angers et du Mans. Ce carrefour de communication de marchands, de moines, de pèlerins, explique l’intérêt économique et stratégique d’une politique de valorisation du territoire.

Hubert II de Champagne fait appel aux moines de Saint Serge pour construire le bourg Saint Léonard en 1096. Cet endroit bénéficie de sols fertiles, d’un sous-sol  riche en matériaux de construction et de la vaste forêt de Chambiers. Quatre canaux sont creusés pour permettre l’installation de moulins et de tanneries. Une chapelle, des bâtiments monastiques, un four et un pont de bois  à 150m de l’actuel sont construits tandis qu’on fait appel à une main d’œuvre massive  qui va s’installer définitivement grâce à l’octroi de nombreux  privilèges. Ces nouveaux habitants ont en outre le droit de chasser, de capturer du gibier, de se nourrir des fruits de la forêt, d’étendre les terrains arables. Une vie de village se crée entraînant artisanat et commerce.

 Effrayé par les récits d'autres pèlerins, un chevalier nommé Drogo Rediratus renonce à effectuer le pèlerinage de Jérusalem comme il en avait fait le vœu, et rachète cette promesse en finançant la construction de la chapelle: ainsi, il s'assure tout à la fois les bonnes grâces des moines et le repos de son âme.

La rue Saint Léonard donne son nom au quartier qui était celui des tanneurs. La chapelle, dénommée Marie Madeleine, patronne des gantiers,  va du reste devenir au XVème la chapelle des tanneurs. On trouve dans certaines maisons  des cuves qui servaient à laver les peaux et il reste encore aujourd’hui quelques belles maisons du XIVème, XVème, XVIème  dont certaines ont servi d’hôtelleries. Elles témoignent de la prospérité de l’activité du bourg.

La Révolution dévasta complètement la chapelle qui fera dès lors office de magasin et semble-il de tannerie pour finir aménagée en garage au siècle dernier.  A aucun moment on ne tenta de la sauver  de l’oubli  avant qu’un passionné de patrimoine, Monsieur Crouan, s’y intéresse et crée une association de sauvegarde. 

La chapelle a conservé sa structure du XIème siècle, comme le prouve son appareillage. Le mur latéral droit qui menaçait de s’effondrer est soutenu par des arcs-boutants appuyés contre  la  maison voisine. En lieu et place de l’ancien portail du garage qui éventrait la façade, l’association a restitué une porte romane archéologiquement attestée par l’arc de décharge et quelques pierres des jambages découverts lors de ces travaux.

Sa charpente date du XVème siècle et ses baies en plein cintre du XVIème. Les vestiges  de fresques du XVIIème siècle financées par un dénommé Girard, de la communauté des Recollets à qui les moines de Saint Serge avaient cédé leur possession, recouvrent d’autres fresques,  probablement du XVème. Sur la partie gauche deux ombres : Saint Gilles, invoqué pour résoudre les cas désespérés et Saint Roch invoqué contre la peste, sont révélateurs  des maux qui s’abattaient à cette époque dans la vie quotidienne. A l’égal des grandes réalisations, ils sont aussi témoins de leur temps.

Références : Dictionnaire Historique de Célestin Port. «  Le Château et le Bourg de Durtal du milieu du XIème à la fin du XIIème Siècle » Mémoire d’Anne Decary, qu’elle nous a aimablement confié. Nous remercions également Elie Crouan et André Logeais pour leurs connaissances sur l’histoire locale qui nous furent précieuses.