Plasticienne

 

Pour l’église paroissiale de ST Sulpice, Bente Hoppe (St Georges sur Loire) a choisi de réaliser un livre d’artiste lithographique inspiré par l’inscription - que l’on observe au dessus de la porte d’entrée de l’église - de la phrase de Robespierre: « Le peuple français reconnaît l’existence de l’Être Suprême et de l’Immortalité de l’Âme ». Cette phrase sert de point de départ à une réflexion  esthétique sur le sens des mots, sur l’absolu, sur l'être et sur la mort. 

Présentation de son projet par l'artiste Au-dessus de la porte d’entrée de l’église de Saint Sulpice sur Loire se trouve une inscription dont le sens est aussi troublant que profond : « Le Peuple français reconnaît l’existence de l’Etre Suprême et de l’Immortalité de l’âme »…La phrase est de Robespierre et se trouve dans l'article premier du décret du 18 floréal (le 7 mai 1794) proclamant le Culte de l’Être Suprême, un calendrier de fêtes républicaines se substituant aux fêtes catholiques, qui ne devait durer que trois mois…Cette phrase, dont je ne connaissais pas le contexte politique et historique en découvrant l’église, m’a impressionnée par sa superbe, frôlant la poésie. Elle exprime l’affirmation (ou le désir) d’une réconciliation entre le spirituel et la révolution, le rêve finalement d’écarter toute incompatibilité entre la foi et la république naissante. J’ai aimé d’emblée l’épaisseur de ces mots et les notions essentielles qui en émanent. C’est leur impact qui a engendré l’idée de créer un grand livre avec textes et images, leur faisant écho de près et de loin. Mes réflexions liées à la phrase ont servi comme tremplin pour une « méditation spectrale » de portée plus générale et universelle, entre autres sur le sens premier des mots, sur le besoin d’absolu et sur l’être tout court. Ce livre a été réalisé avec ma technique de prédilection, la lithographie (dessin sur pierre et impression à plat). Les mots et les images se prolongent mutuellement, sans intention de s’illustrer. BENTE HOPPE 

Présentation de l'artiste par Art et Chapelles le jour de l'inauguration Comme vous l’avez compris, il existe un lien particulier entre cette église et la Révolution française : à l’intérieur, deux  vitraux évoquent la Terreur, à l’extérieur cette phrase de Robespierre nous rappelle au contraire à quel point cette période a été marquée par d’intenses débats politiques et philosophiques. C’est elle qui m’a semblé devoir être notre fil conducteur et qui m’a conduit  à Bente Hoppe. Bente est danoise : elle est de ce fait moins marquée par les clichés que nous portons tous sur notre Histoire, et son regard et sa lecture m’intéressaient. Bente s’est donc plongée dans la Révolution française en étudiant tout particulièrement le personnage de Robespierre, auteur de cette phrase : qu’a-t-il voulu dire ? où voulait il aller avec cette proposition si intrigante dans le contexte de l’époque ? Bente répond à ces questions avec son propre questionnement philosophique et poétique sur les engagements qui gouvernent nos vies et nos morts. Vous serez frappés par le contraste entre le caractère tragique du destin du révolutionnaire évoqué par l’artiste, et l’élégance et le raffinement de sa  représentation. Les textes et les gravures abstraites qu’elle vous présente sont une invitation à la réflexion et à la méditation sur la recherche de l’absolu et sur le destin. Le fil de l’Histoire qui nous relie à cette période est bien sûr toujours très vivant et  peut être – graçe à Bente - en sortant de cette église, lirez vous cette phrase en vous posant toutes sortes de questions nouvelles. Marion Julien  

Présentation de son projet par l'artiste le jour de l'inauguration En réponse au discours du maire de St. Sulpice : Vous m’apprenez que l’église  de St. Sulpice avait également été un « temple de la raison » avant d’être consacrée au « culte de l’être suprême ». Durant les premiers six mois de la campagne de déchristianisation de la révolution, on avait en effet imposé l’athéisme, porté par les temples de la raison. Robespierre a alors argumenté pour réintroduire la foi dans les églises, contestant l’athéisme en défendant les aspirations du peuple. Il en a entre autre parlé en ces termes : « L’athéisme est aristocratique alors que la croyance en Dieu est toute populaire ; sous prétexte de détruire la superstition, d’aucuns veulent faire de l’athéisme lui-même une « sorte de religion » ». Avec ses talents d’orateur il a fait voter le 7 mai 1794 l’instauration du culte de l’être suprême en rappelant que : « L’Idée de l’Être Suprême et de l’Immortalité de l’âme est un rappel continu à la justice. Elle est donc sociale et républicaine. » Durant ces trois mois, il y a eu plus d’adhésions au « culte de l’être suprême » que pendant six mois aux « temples de la raison », reflétant probablement l’importance de ce que Robespierre appelait « l’instinct religieux de l’homme». Mais ce décret devait causer sa chute seulement trois mois plus tard à la manière que nous savons. Pour commencer, je tiens à répéter un instant sa phrase inscrite au-dessus de la porte d’entrée de cette église : « Le Peuple français reconnaît l’existence de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme ». Mon inculture au sujet du culte de l’être-suprême m’a permis de lire cette phrase avec des yeux « vierges ». Mélange étrange de ce « peuple français » et de notions purement spirituelles. Mais il émane de ces mots une énergie vitale qui m’a habitée durant les six mois de ce travail. Dans un premier temps, j’ai été « refroidie » quand j’ai su que la phrase était de Robespierre, car je craignais devoir faire face à un sens politique et idéologique, bien caché, à contenu violent... J’ai crée les premiers textes et images dans cet état de flottement, où je me posais beaucoup de questions sur le sens premier des ces mots, c’est-à-dire sans savoir encore précisément si le sens que j’avis reçu, était celui que l’auteur y avait mis. J’ai décidé de créer un « livre d’artiste » – notion du monde de l’estampe pour désigner un portfolio associant textes, souvent poétiques, et images. J’avais besoin d’un un livre qui suscite une méditation, non seulement par le texte, mais également par l’image qui invite à la contemplation et au recueillement. Les mots et les images se prolongent mutuellement, sans intention de s’illustrer. J’ai utilisé ma technique de prédilection, la lithographie, c’est-à-dire dessin sur pierre et impression à plat. Le texte a été réalisé avec la technique de l’autographie (report de texte sur pierre) et les images avec des lavis à l’encre lithographique. Je retrace brièvement les thématiques des quatre doubles pages du livre. Le premier traite du sens premier des mots, car les questionnements provoqués par le sens des mots de l’inscription m’ont renvoyée à un décalage semblable dans la réminiscence de différentes traductions de la Bible. J’ai souhaité mettre en lumière la relativité et la complexité de la langue démontrant ainsi que la traduction en mots de notre pensée n’est pas toujours aussi précise et univoque, voire absolue, que cela. Dans les années 80, André Chouraqui a terminé sa nouvelle traduction de la bible : une version très près du texte d’origine en hébreu, sans passer par le filtre du latin et du grec. Sa version remonte aux sources des mots de la bible de manière radicale dans une tentative de retrouver une finitude fondamentale. J’y trouve beaucoup de poésie et d’étonnement. Je me suis rappelé entre autres le verset (très court) de l’Ecclésiaste où Chouraqui écrit « Fumées de fumées, tout est fumée » pour la version « habituelle » « Vanité des vanités, tout est vanité » que nous connaissons tous. Il arrive à un sens plus large, et plus abstraite, voire plus spirituelle.La deuxième, je l’intitule « la tentation de l’absolu ». Cette double page traite à la fois du danger de la soif d’absolu des être humains de manière générale, et de mon propre besoin d’absolu, donc d’un questionnement éthique et philosophique (et autocritique). Comment éviter les violences au nom des idées ? Les idées (politiques, religieuses etc.) sont souvent à l’origine de conflits, justement parce que l’on veut imposer « sa vérité » aux autres. Comment sublimer alors notre besoin d’absolu en quelque chose de constructif.La troisième double page se centre sur la thématique de l‘être.    Ce thème renvoie directement au livre en plâtre listant les enfants du village de St. Sulpice morts pour la France durant la guerre 1914-18. J’ai écrit un texte court, à la verticale pour souligner la notion de vivre et d’être. C’est une sorte d’anagramme en forme de colonne en résonnance avec « l’être debout ». C’est un hommage à toutes ces jeunes vies, toute cette mort absurde, représentées dans ce coin de l’église. Pour la quatrième double page, j’ai choisi un poème de Paul Celan intitulé « PSAUME » car je cherchais une manière de parler à la fois des morts représentés dans les vitraux qui relatent les événements violents : la fusillade du prêtre réfractaire de Saint-Sulpice-sur-Loire, Louis Jumereau, et le guillotinage du prêtre réfractaire Noël Pinot sur la place du Pilori à Angers, mais aussi d’autres morts plus près de nous. Pour moi, ce poème incarne, malgré son ton désespéré, l’immortalité de l’âme, celle de Paul Celan. C’est un hommage à tout ce qui de la vie des êtres est prolongé au-delà de la mort – et dans son cas une écriture avec un souffle de vie transcendant. Pour boucler la boucle, je voudrais terminer en citant une autre phrase de Robespierre, prononcée dans son dernier discours, la veille de sa mort : « La mort est le commencement de l’immortalité ». Au bout de nombreuses lectures sur la vie et la pensée de Robespierre, je suis enfin persuadée, que sa phrase recelait bien le sens que j’avais perçu spontanément. Robespierre était profondément croyant et donnait à sa foi un caractère de défense des plus démunis et du peuple, qui avait un sens sacré pour lui. Le peuple devait avoir droit à l’exercice du culte et d’avoir la foi, mais dans une république pétrie de justice sociale. Et pour finir, juste une autre phrase de lui : « J’ai toujours pensé qu’il avait manqué à notre Révolution…des écrivains profonds…. ». Pour moi, il était de ceux-là et on pourrait se demander si Robespierre n’était pas un écrivain, qui s’était égaré dans la politique. Bente Hoppe, 1er juillet 2017

Eglise paroissiale de Saint Sulpice
Saint Sulpice sur Loire

L’église paroissiale de Saint-Sulpice entourée de très belles demeures est par contraste d’une grande sobriété architecturale. Pourtant, l’histoire de la Révolution française s’écrit ici en toutes lettres sur le linteau de la porte d’entrée latérale de l’église abritée par un élégant porche charpenté. On y lit la mention suivante : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme ». Ce bandeau tricolore  évoque le culte de l'Être suprême institué par Robespierre qui craignait de perdre le soutien du peuple devant les actions de déchristianisation menées contre l’Eglise. , L’église fut sans doute la chapelle primitive du château de l’Ambroise où résidait régulièrement jusqu’à sa mort en 1596 le seigneur de Maillé, archevêque de Tours et seigneur de Saint-Sulpice. C’est à la  diligence du seigneur des lieux que l’église actuelle fut reconstruite au début du XVIIIe siècle. L’église présente une nef* unique couverte d’un lambris, séparée du chœur* par un arc-doubleau* en plein cintre. Un maître-autel est adossé au pignon du chevet* et deux autels secondaires se font face de chaque côté de l’arc-doubleau. La chapelle qui élargit une partie de la nef côté sud est une ancienne sacristie construite vers 1820. Un clocher-porche surmonte le pignon ouest où s’ouvre une porte qui donne directement dans le cimetière. La tourmente révolutionnaire n’épargna pas cette paroisse: le curé Louis Jumereau refusant de prêter serment  à la constitution civile du clergé fut arrêté en décembre 1793 et tué à coups de fusil au lieudit « La Coquelinière » à l'entrée de Saint-Jean-des-Mauvrets, alors que les républicains le conduisaient à la prison d'Angers. Laissé là sans sépulture son inhumation solennelle eut lieu en 1804,  les vitraux  dans le chœur de l’église rappelant son martyre et celui du bienheureux Noël Pinot.

Latitude: 
47.399
Longitude: 
-0.41746
Partenaires: 
Diocèse d'Angers
Département Maine-et-Loire
Bouvet Ladubay