Albane de Saint-Rémy  -  Parcours

Albane de Saint Rémy vit et travaille à Tours.

"J’aime le travail de la matière, tout autant que la recherche du juste trait, de la bonne attitude, de l’élan vital. C’est ce que j’essaye de mêler dans ma peinture, ainsi que le désir d’induire une pensée, une histoire ;

C’est comme un mouvement évident, presque obligatoire, et pourtant tissé d’une sorte d’insatisfaction qui me pousse à chercher encore et encore.

Je me sens un peu comme un équilibriste, entre volonté et lâcher prise, la direction choisie et l’instant à saisir, ce que je voudrais dire et ce qui sort malgré moi, entre geste et matière.

Je raconte avec le fond et le trait des sortes de petites histoires, libres d’interprétation, mais qui pourraient bien parler, à travers les cages vides, de liberté, d’oiseaux compagnons, conscience ou miroir, de personnages cherchant le face à face avec eux-mêmes, en quête de sens, de lumière, de vie.

La peinture me fait entrer en moi-même, réfléchir sur mon propre langage, ma relation à l’autre, pour moi c’est aussi une manière de communiquer ;

Aujourd’hui mon travail laisse au départ une grande place  à la gestuelle, j’exploite des fonds, des matières, je laisse venir…

Puis surgit l’instant ou la forme peut advenir, alors seulement je commence à composer, à chercher l’équilibre, à raconter une histoire.

Sans trop en dire, car j’aime que le regard qui se posera  sur la toile y trouve la liberté de partir là ou il  veut, de la faire vivre à sa manière."

 

Albane de Saint-Rémy  -  Présentation de l'oeuvre réalisée pour la Chapelle de la Coutardière

"Cette sublime chapelle,

Comment y faire entrer une œuvre sans la dénaturer, l’alourdir,

Elle si équilibrée, si parfaite ?

Alors il a fallu méditer, laisser naitre ce qui pourrait répondre à la contemplation de ce lieu paisible et vivant ;

Face à ces figures masculines, apôtres aux livres, clefs ou autres objets symboliques les représentant dans leur rôle, la présence de Trois femmes m’a paru naturelle ;

Trois femmes évangéliques, symboliques, saintes parfaitement intemporelles et modernes, qui ont toute leur place dans notre monde d’aujourd’hui.

Après tâtonnements, sur le fil, j’ai fait mon choix.

La première, au centre, Marie Madeleine, l’incontournable, celle qui s’éveille d’une longue nuit, dont la pauvreté a été le levier pour changer, se transformer,

voir ce que les autres ne voient pas, espérer contre toute espérance .

Marthe, l’hyperactive, qui ressemble à tant de nous, femmes d’aujourd’hui,

Marthe qui est formidable et sans qui beaucoup moins de choses adviendraient,

Marthe l’efficace, la généreuse…

Marthe qui oublie de prendre du temps pour elle, pour sa vie intérieure, pour se reposer et se laisser faire un peu …

Enfin Hildegarde de Bingen, Grande mystique, médecin, Compositrice, princesse médiévale de la nature, connaissant la moindre petite pierre ou herbe médicinale, qui nous exhorte à puiser dans notre terre et ses trésors tous les bienfaits pour prendre soin de nos corps et de nos Ames…. Savait-elle à quel point ses enseignements pourraient nous être aussi précieux aujourd’hui ?

Femmes fortes et fragiles, je les ai traitées à ma manière, en dehors de toute représentation typique ou connue, ce sont mes femmes intérieures, que je vois universelles.

Elles sont posées là, telles des sentinelles, nous donnant à saisir quelques clés, ouvrant au fil de l’eau les portes entrebâillées sur nos jardins secrets."

Albane de Saint Rémy 

Albane de Saint-Rémy  -  Présentation de l'oeuvre par Art et Chapelles le jour de l'inauguration

"Vous l’avez compris, nous vous invitons à découvrir un lieu exceptionnel. Les fresques superbement restaurées que vous allez découvrir ne sont pas seulement belles, elles ont une puissance d’évocation très grande et il fallait beaucoup de courage à un artiste pour accepter de se confronter à elles.

Avec la propriétaire des lieux, nous avons choisi de faire appel à Albane de Saint Rémy qui vit et travaille à Tours. Albane se consacre totalement à la peinture depuis plusieurs années. Elle a développé un univers poétique très personnel dans lequel la figure humaine – à peine esquissée - occupe une place centrale.

Albane de Saint Rémy a bien sûr su trouver les harmonies de couleurs qui permettent à ses peintures tout à fait contemporaines de cotoyer les fresques du XVIème siècle que cette chapelle abrite. Mais, surtout, elle a cherché à  réaliser des toiles qui aient un sens, et c’est parce qu’elle a su créer un lien  entre les personnages de la fresque et les siens que le face à face qu’elle nous propose entre les 12 apôtres et trois femmes intemporelles fonctionne parfaitement : on est à la fois dans l’Histoire et au XXIème siècle."

Marion Julien

 

Chapelle de La Coutardière
BRISSARTHE

Implanté sur le versant ouest de la vallée de la Sarthe, le manoir de la Coutardière s’organise autour d’une cour fermée par un haut mur d’enceinte que l’on découvre en arrivant par l’allée principale. Devenue un simple domaine agricole après la Révolution, la Coutardière a cependant gardé l’essentiel de ses dispositions d’origine. Au fond de la cour à gauche le bâtiment le plus élevé formait le corps d’habitation primitif au  Moyen-âge; le logis principal coiffé de remarquables lucarnes est daté de la deuxième moitié du XVIème siècle; il sera agrandi et flanqué d’une aile de communs en retour dans le courant du XVIIème siècle. La chapelle dédiée à Saint Antoine de Padoue se trouve à droite à proximité immédiate du grand portail d’entrée.

La Coutardière appartient jusqu’au milieu du XVIème siècle à une famille noble qui lui emprunte son nom. Le premier seigneur connu est Macé de Coustard qui apparait dans des aveux* de 1398 et 1416, le nom de Coustard va évoluer en « de la Coutardière » et en 1531, c’est Antoine de la Coustardière qui construit l’actuelle chapelle au bénéfice d’un chapelain qui devait assurer deux messes par semaine en contrepartie de revenus fixés par l’acte de fondation. Plusieurs baux à ferme du XVIIIème siècle nous apprennent que le fermier avait pour obligation de nourrir et loger le prêtre les jours où il officiait.

 

La chapelle se compose d’une nef unique à chevet plat couverte par une voûte en bois chaulé.  L’intérieur recevait la lumière par une baie trilobée dans l’axe du chevet et une petite fenêtre moderne au sud. La pierre d’autel qui reposait sur trois colonnettes et dont nous conservons un dessin a été donnée à la paroisse de Brissarthe par de précédents propriétaires afin de servir d’autel face à l’assistance lors de la réforme liturgique de Vatican II. 

 

La chapelle de la Coutardière est d’une grande sobriété architecturale et se distingue surtout par un exceptionnel registre de  peintures murales du début du XVIème siècle parmi lesquelles on reconnaît un Saint Christophe et un credo apostolique sur le mur nord. Par sa haute stature qui surplombe la porte d’entrée, Saint Christophe, patron des voyageurs et très vénéré au Moyen-âge,  semble vouloir protéger les fidèles quittant la chapelle. 

Plus complexe à interpréter est la représentation du Credo (« Je crois » en latin) que l’on appelle aussi «Symbole des Apôtres». En récitant le credo, les apôtres rappellent les vérités divines sur lesquelles s’appuie la foi des chrétiens, et qui sont dans cette composition écrites sur un phylactère* tenu par chacun des douze personnages dont la présence dans une chapelle privée était de montrer la grande piété d’Antoine de la Coustardière et de son entourage. On identifie très bien certains apôtres par leur attribut : Pierre avec les clés du ciel et de la terre, André martyrisé sur une croix en forme de X et le symbole de Simon qui selon la légende aurait été coupé en deux à l’aide d’une scie…

 

La découverte de la chapelle de la Coutardière est une invitation à visiter les églises toutes proches de Saint-Martin de Vertou à Champteussé-sur-Baconne et Saint-Martin de Villenglose à Saint-Denis-d’Anjou qui renferment des peintures murales présentant une grande parenté stylistique avec ce décor, sans doute réalisées par un même atelier itinérant.